La joie ? Oui, car si aujourd’hui je ne voyage en voiture à cheval
que par la pensée, surtout les nuits, j’entends la
musique d’un trot vif et isochrone et je vois, les yeux fermés,
des oreilles de cheval pointées en avant … Car le cheval
aime son travail lorsqu’il est attelé. Même si
je n’envisage dans mon livre, et mon
CD, que l’attelage
léger, et plus particulièrement avec une voiture à quatre
roues, qui ne pèse pas sur le dos du cheval, cela reste vrai
avec les « lourds », sauf cas très particuliers.
Je
songe parfois au travail de forçat, dans les mines, au fond,
mille mètres sous terre, dans la noirceur permanente, des
braves chevaux tirant les wagonnets pleins de charbon, des chevaux
qui étaient condamnés à ne
jamais « remonter » à la lumière.
Mais cette pensée, émue, est fugitive, je vois presque
toujours un cheval attelé, joyeux. Et je me console pour l’autre
pensée, la
sombre, car je sais que les mineurs adoraient leur compagnon et qu’ils
le dorlotaient pour rendre sa vie aussi agréable que possible.
Je chasse vite cette pensée et je me revois, petit garçon, me rendant à l’école
primaire du lycée Anatole France, au Havre, et admirant sur le chemin
les puissants chevaux lourds, qui trottaient joyeusement, en tirant un chariot
chargé des tonneaux du livreur de bière, avec une aisance déconcertante,
dans le vacarme des roues cerclées de fer. Je m’arrêtais alors,
les yeux écarquillés, médusé par ce spectacle plein
de force, d’aisance, d’élégance…
Quels beaux souvenirs sont les miens lorsque
je songe à l’attelage ! Au Canada, promenades en forêts avec ma compagne, l’été,
et, l’hiver, le silence du traîneau dans la neige, juste un bruit
strident, lorsque qu’un patin rencontrait un petit caillou … Le
trot gaillard de mon petit cheval, Champion, accompagné du tintement des
clochettes…
Et je suis heureux, sans aucune vanité, parce que je suis
satisfait de mon petit livre sur l’attelage et qui s’intitule
aujourd’hui,
pour sa version CD, L’attelage
ou la joie du cheval. (C’était,
c’est, le titre de l’Introduction).
Pourquoi ? Parce que d’un
trait, j’avais écrit un modeste et petit livre qui,
dix-sept ans plus tard, me satisfait pleinement. Il représente
toujours ma pensée
de meneur et l’éducation simple et sécuritaire
qui est son objet, me semble toujours la bonne. Je suis très
content, car, en équitation,
pendant plus de vingt ans, j’ai connu l’insatisfaction
et j’ai
désespérément recherché le mieux-être
du cheval et le mieux-être du cavalier à cheval. Ce
n’est qu’il
y a une dizaine d’années que j’ai, enfin, trouvé une
stable sérénité avec la mise au point de L’Équitation
par l’auto-posture du cheval.
Ici,
je désire encourager les amoureux du cheval à pratiquer l’attelage
en leur indiquant deux possibilités, deux voies qui ne sont pas exposées
et exploitées, ou si rarement !
• Faire travailler le jeune cheval à l’attelage
avant de le monter.
• Sauver en douceur un cheval perturbé, par l’homme,
grâce à l’attelage.
• Faire travailler le jeune cheval à l’attelage
avant de le monter.
Faire travailler un très jeune cheval présente d’abord
l’intérêt d’exploiter la vivacité d’esprit, la
grande disponibilité, et la grande capacité d’apprentissage
d’un être jeune. Et, et, sans les
dangers d’un
travail monté prématuré,
lorsque le squelette et les tendons du cheval ne sont pas tout à fait
matures, parvenus au terme de leur développement. L’attelage
léger, avec une seule personne dans la voiture, comme point
d’aboutissement pendant la période de jeunesse, ne présente
aucun danger.
Et puis, l’initiation à l’attelage commence par … Un
travail à pied. Et vous savez que ce travail à pied
permet soit l’apprentissage des exercices avant le travail
monté, soit leur perfectionnement.
Et lorsque viendra l’heure du travail monté, vous aurez
un cheval qui ne craindra ni la selle, ni le sanglage, car il aura
l’habitude du harnachement. Et sur le plan intellectuel, il
sera habitué, non pas à travailler, mais à apprendre … En
jouant avec son meneur qui se transformera, avec lui, en cavalier.
Et son apprentissage de base de cheval de selle se fera à très
grande allure. Le cheval sait déjà prendre les allures à la
voix, il connaît l’arrêt à la voix et à la
main, il sait tourner et il a pris, bien que son travail ait été léger,
une certaine force qui lui évitera l’épuisement
rapide du jeune cheval qui fait directement ses débuts à la
selle.
Et enfin, avoir un « cheval à deux fins »,
selon l’expression consacrée, est une très, très
grande joie et source de satisfactions indicibles …
Sauver en douceur un cheval perturbé, par l’homme,
grâce à l’attelage
Le cheval est un animal doux, gentil, charmant, sociable et affectueux.
Lorsqu’il devient méchant et violent, il a été victime
de traitements brutaux ou d’erreurs graves de maniement de
la part de l’homme.
Il faut le sauver, cela en vaut la peine ! Je précise,
il se trouve dans un état de dépression grave dont
il n’est pas responsable, et il mérite d’être
sauvé !
La rééducation du cheval perturbé
Les directives de base sont simples :
Changer les idées du cheval, en lui faisant faire « autre chose ».
Cesser de monter le cheval pendant sa rééducation (inutile de se
faire « péter la fiole »).
Cesser de le faire manipuler par le ou
les coupables (jusqu’à leur
propre rééducation …
Si c’est possible …).
Reprendre un travail de base avec grande patience, affection
(« demander
peu, récompenser beaucoup »), une logique sans
faille.
L’idéal pour la rééducation ? L’attelage :
travail à pied aux longues rênes, mise à la voiture.
Reprise du travail monté.
Des témoignages ?
Je vais citer celui d’un meneur bien compétent, bien sympathique,
et qui a souvent fait cette rééducation : Monsieur
Jean Dillée,
auteur de Apprendre à mener, attelage à un et en paire (Prest
Edit, Versailles, 1985) :
« C’est ainsi qu’une jument réputée inmontable
est passée entre mes mains. Je l’ai uniquement attelée
pendant un certain temps, sans problème, sinon un manque de
confiance dans la bouche : travail aux longues rênes,
voiture seule, puis en paire. Montée par la suite, elle s’est
révélée très
sage, extrêmement facile, s’équilibrant de façon
parfaite et comprenant tout ce qu’on lui demandait. Avec elle,
Dominique d’Esmé a été championne
de France (en « Dressage », précision
de JYLG) :
c’était Reims. »
Je pourrais encore parler de Denis de Vauplain,
exporté, gros gagnant
en CSO ; de Condor, en concours complet ; ou de Fariman, PSA, sélectionné olympique
pour Mexico, qui sortait de l’entraînement à Maisons-Lafitte.
À cette liste, j’ajouterai Nigéria, plusieurs fois abandonnée
par des ténors, qui a été le meilleur cheval français
de complet sous la selle de Daniel Lechevallier. Quant à Uri, pris au
refus, il a ensuite gagné la puissance au Touquet, à 2,26
mètres ; le lendemain, il gagnait le Grand Prix sous la selle d’André Chenu.
Évoquons pour finir la carrière de Derby, par Uriel. Cheval difficile à monter,
il s’est bien mis à l’attelage, a servi de maître d’école
tout l’hiver de ses 3 à 4 ans … et s’est ensuite couvert
de gloire en passant avec Manuel Henry des murs de plus de 2 mètres. »