Équitation Baroque 
L’équitation baroque, c'est l’équitation française ancienne des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Certains historiens de l'équitation font la distinction entre « équitation baroque » des XVIe/XVIIe siécles (Salomon de la Broue, Pluvinel ...) et « équitation classique » du XVIIIe siècle (La Guériniére, Dupaty de clam ... et douze autres grands écuyers/écrivains). Cette équitation était si grande,
si raffinée, si influente, que les « Grands » personnages
de toute l’Europe venaient se perfectionner en France…
Déjà florissante au cours du XVIIe siècle, elle connaît
son apogée à la fin de ce même siècle.
En effet, le 15 décembre 1682, le roi Louis XIV inaugurait, à Versailles,
La Grande Écurie et la Petite Écurie.
Malgré cette grandeur une chose invraisemblable s’est produite :
cette équitation a complètement disparu en France !
Et pourtant, les effectifs, à la fin du XVIIIe siècle, étaient
considérables. La Grande Écurie de Versailles, en 1773, hébergeait
4000 Chevaux (comme les écrivains écuyers du XVIIIe siècle,
j’écris dans cette page cheval, Cheval, avec un C majuscule, pour
insister sur le respect de sa personnalité physique et morale que les
cavaliers doivent avoir) et le personnel comprenait 800 personnes…
La Révolution de 1789 a anéanti aussi bien la célèbre École
de Versailles, le grand sanctuaire de cette équitation, que les autres
académies de Paris et de province. Les grands maîtres disparurent
(je ne précise pas comment … Les malheureux avaient le tort d’avoir
un « de » avant leur nom), ou s’exilèrent.
En France donc, la tradition de l’équitation baroque a été brusquement
et entièrement interrompue. Et il a été impossible de remettre
sur pied l’École de Versailles. Tout récemment, Monsieur
Michel Henriquet, brillant auteur et savant écuyer, n’a pas pu réaliser
son projet dans ce sens, pour de bien tristes raisons.
Mais l’équitation française ancienne avait essaimé à l’étranger,
en Espagne, au Portugal, en Allemagne, en Autriche. C’est pour cette raison
qu’elle vit encore … Elle a même eu à l’étranger
des prolongements importants. C’est ainsi que l’un des meilleurs
traités d’équitation baroque, et probablement le meilleur,
a été écrit en …Portugais. C’est l’ouvrage
monumental de Manoel Carlos de Andrade : Luz
da liberal e nobre Arte da Cavallaria, Lisbonne, 1790.
Je limiterai mes propos ici à trois thèmes :
- Les caractéristiques fondamentales de l’équitation
baroque.
- L’équitation baroque, une équitation musée ?
- L’équitation baroque, une équitation de la
main gauche.
Les caractéristiques fondamentales de l’équitation
baroque
Cette équitation, exposée de façon éblouissante
par François Robichon de La Guérinière, dans L’École de Cavalerie (Paris, 1754), était dominée
par cinq grands principes :
- L’assouplissement de l’ensemble du Cheval par
les inflexions, sans aucun forcement.
- La légèreté extrême et l’impulsion,
obtenues par l’équilibre et non la contrainte.
- La culture du tact et de la finesse des aides, se traduisant
par la descente de main et la descente de jambe (termes techniques
recouvrant la cessation de l’indication des aides, pour donner une certaine
liberté au Cheval, dès que le résultat voulu
est obtenu).
- La main subtile qui se contente « du poids du cuir ».
- L’emploi de la seule main gauche pour le Cheval éduqué.

En ce qui concerne les procédés, la clef de voûte
de cette équitation est l’épaule en dedans.
Cette équitation, qui a connu son apogée au XVIIIe
siècle, a servi de modèle à toutes les équitations
d’Europe, jusqu’à la révolution française
de 1789. Il faut insister sur le mot « ensemble » car
certaines équitations modernes ont « décomposé » le
Cheval, c’est à dire ont fait travailler chacune de
ses parties séparément. Je ne prends pas position ici
sur les deux conceptions, j’expose simplement les faits. D’autant
plus que je pratique les deux manières …
L’équitation baroque, une équitation musée ?
Cette équitation est connue par les écrits de
14 écuyers français du XVIIIe siècle et trois écuyers
allemands du XVIIIe siècle également, écuyers
allemands qui ont écrit … En français, ce qui
montre bien le rayonnement de cette équitation. Bourgelat,
Montfaucon de Rogles, La Guérinière, Dupaty de Clam,
Mottin de la Balme, sont ceux qui m’ont le plus influencé.
On est forcé, pour s’initier à l’équitation
baroque, de consulter les écuyers du XVIIIe siècle,
leurs écrits (et le tableau, reproduit sur cette page, et
représentant Monsieur de Nestier ... La perfection de la position à Cheval)
sont les seuls témoignages qui nous restent, et cela donne
une première impression de « musée ».
Cette impression est renforcée par l’École Espagnole
de Vienne, fondée en 1729, il a près de trois siècles,
et qui a la volonté de transmettre une équitation immuable.
Aucune critique dans ces propos, le travail des Chevaux à Vienne
est admirable et il faudrait faire aussi bien, aussi beau, pour se
permettre de critiquer…
Mais pour moi cette équitation n’est pas figée.
Tout d’abord, parce qu’au moment de sa disparition, en
France, les écuyers français de l’école
ancienne étaient en pleine recherche dans plusieurs domaines
et, en particulier, ils travaillaient un point particulièrement
important, sur lequel je me suis longuement penché et que
l’on peut appeler « l’optimisation des demandes
du cavalier ».
La « décomposition » en six intervalles
de l’appui et en six intervalles du soutien d’un membre
du Cheval remonte à loin dans l’histoire de l’équitation.
La théorie est née au Château d’Alfort
au cours du dernier quart du XVIIIe siècle. L’école
vétérinaire y avait été fondée,
en 1765, par le célèbre vétérinaire et écuyer
Claude Bourgelat (mort en 1779). Cette théorie est due à deux
observateurs méticuleux : A.F.Vincent (peintre d’histoire,
peintre animalier, professeur de dessin à Alfort) et G.C.
Goiffon (ingénieur, mécanicien, architecte, dessinateur,
professeur d’anatomie artistique à Alfort). Cette théorie
a été publiée en 1779.
Sur
le plan pratique, voici, à titre d’exemple, le départ
au galop de Dupaty de Clam : « lors
donc qu’on
a résolu d’ébranler un Cheval au galop, il faut,
pour le mettre sur
le pied droit, après quelque temps de trot, sentir l’instant
où la jambe gauche de derrière
tombe à l’appui à terre et
lui approcher les deux jambes en même temps en en
soutenant le devant » (Dupaty De Clam : Pratique
de l’équitation, 1769). J’ai
mis en italique le passage qui m’intéresse.
Les résultats de mes travaux dans ce domaine sont consignés
dans mon ouvrage sur CD : L’Équitation sensuelle
par l’auto-posture du Cheval et en bandes dessinées,
ouvrage dans lequel le thème de l’optimisation est dominant.
Avec l’optimisation des demandes du cavalier, l’utilisation
des « temps favorables », que
de problèmes se trouvent alors résolus !
Et puis cette équitation baroque est encore bien vivante dans
les deux grandes académies de la péninsule ibérique,
Escola
Portuguesa de Arte Equestre, fondée en 1979, héritière
du Manège Royal, de la Cour Royale Portugaise ... et la Real
Escuela Andaluza de Arte Ecuestre, en Espagne. Ce sont des
Académies
reconstituées récemment. Elles réunissent des écuyers
qui ont certes un corps de doctrine commun, mais qui restent des
cavaliers individuels et qui ont une pratique personnelle. A Vienne,
L’École Espagnole est une Académie fondée
en … 1729, on se recueille dans le majestueux manège
de la Hofburg.
On ne connaît par son nom que le Colonel
Podhajsky,
qui a codifié, dans L’Équitation (Paris,
1968), la tradition orale de l’École et surtout, pour le grand
public, parce que c’est un personnage qui apparaît, sous
les traits d’un acteur, dans un film de Walt Disney Le
Grand Retour (film qui montre le sauvetage des Lipizzans
du Haras et de l’École par le Colonel, à la fin de la
seconde guerre mondiale). Alors qu’au Portugal, par exemple,
on connaît, je parle des cavaliers en général
et non uniquement ceux de l’Académie, Alvaro Domecq,
son fils, Alvarito Domecq, Joâo Nuncio, D. Ribeiro Télès,
Mestre Batista, Don José Althayde, le grand maître
Nuño Oliveira …
L’équitation baroque, une équitation de la
main gauche
Les
cavaliers d’aujourd’hui, qui pour la plupart manient
leur Cheval des deux mains, ne voient pas l’intérêt
de cette conduite à une main. Ils ne voient, dans cette
conduite, qu’une pratique des militaires afin de conserver
leur main droite pour le maniement de la lance ou de l’épée,
et une pratique simplement maintenue par la tradition.
Erreur, pour deux raisons :
Les écuyers français du XVIIIe siècle, au manège,
utilisaient la gaule de leur main droite. Cette gaule ne pouvait
avoir aucune force, car faite en bois de coudrier, elle se rompait
si l’écuyer avait un mouvement … d’impatience.
Non, c’était le prolongement, très heureux, d’une
main intelligente et douce, d’une main qui pouvait délicatement
toucher n’importe quelle partie du corps du Cheval, qui pouvait,
par exemple, rythmer un piaffer en accompagnant le poser de chaque
diagonal d’un simple toucher de la croupe du Cheval…
De plus, la main seule respecte mieux la délicate muqueuse
de la bouche du Cheval, parce que tout le monde a un problème
de coordination entre les deux mains. Faite le test de la tasse d’eau
pleine à ras bord, en vous déplaçant avec deux,
puis une main … Il n’est nullement interdit d’utiliser
la seule main droite, si le cavalier se sent plus à l’aise
avec elle ... Personnellement, j’ai retrouvé l’intégrité de
ma personne grâce à l’équitation baroque
et à l’emploi de la main gauche seule, ma « bonne » main.
Il faut vous dire que je fais partie d’une race en voie de
disparition, heureusement : je suis un gaucher contrarié …
Ayant constaté que les écuyers de l’équitation
baroque n’avaient pas codifié l’emploi de la
gaule par écrit, JYLG a fait de longues recherches, puis
a écrit un traité d’équitation ancienne,
baroque, un « traité de la main tenant les rênes à la
française » et un « traité de
la main de gaule » : L’Équitation
de Majesté, proposé dans une seconde édition,
sur CD.
Et, très important, JYLG possède une copie d’un magnifique
film, en couleur, bien qu’étant très vieux,
un film qui permet de voir le travail, admirable, à pied
et à Cheval, du Colonel Podhajsky, en personne, le légendaire
Directeur de l’École Espagnole de Vienne et de tous
ses écuyers. Magnifique ! Magnifique !
Si vous désirez voir ce très
grand cavalier, qui s’est illustré au cours des Jeux
Olympiques de Berlin en 1936, contactez
JYLG ! Il a une
solution pour vous faire parvenir le film. SVP,
regardez, dans CD/Méthodes, CD 9.
Les photographies de cette page, en dehors
de mes photographies personnelles, sont consacrées à l’École
Espagnole de Vienne. Je tiens à préciser que
j’ai aussi le plus grand respect pour les Académies
du Portugal et d’Espagne. Pour avoir des images des
chevaux de ces Académies, cliquez sur Real
Escuela Andaluza de Arte Ecuestre ou Escola
Portuguesa de Arte Equestre.